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Patrimoine/La chapelle de l’Immaculée Conception

La chapelle de l’Immaculée Conception

Symbole et fierté de Pontamafrey

Il n’est pas d’explications plus belles et plus justes que celles présentées dans le compte rendu de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Maurienne, à l’issue d’une visite sur le terrain le 13 juin 1899, pour présenter celle qui est devenue le symbole de la commune de Pontamafrey-Montpascal et qui a fêté ses 150 ans en l’an 2010 :

…« C’est avec l’assurance d’une belle journée que nous partons de St-Jean-de-Maurienne, divisés en deux escouades qui doivent se rejoindre à Pontamafrey.

Afin de faire une partie du trajet à la fraîcheur du matin et aussi de pouvoir remplir le programme de la journée, l’escouade des piétons part à cinq heures et demie. Elle est composée de M. le chanoine Truchet, président, qui, malgré ses soixante et onze ans, marche alerte à la tête de la caravane ; de MM. Arnaud, Villet, Bonnet, Fodéré, Paret, Brunet, Charles Gros, Gorré, Pachoud, et Buttin, ce dernier déjà amené de St-Michel par le train. On chemine entre deux rangées de platanes qui ombragent la route…

Nous continuons notre route et nous arrivons à 7 heures à Pontamafrey, en même temps que ceux de nos confrères qui sont descendus en voiture. Cette seconde escouade est partie à 6 heures. Elle comprend : MM. Fl. Truchet, Ph. Vulliermet, F. Buttard, Guille, Le Marrant de Kerdaniel, juge au tribunal, L. C. Perret, professeur, et un ami de la société, M. Manecy, sous-inspecteur des douanes à Bayonne. Nous trouvons encore à Pontamafrey M. l’abbé P. Buttard, curé de St-Julien, et M. l’abbé Rechu, curé de Montvernier. MM. Charvoz, docteur Gravier, Jorio et Richard, curé de St-Jean, prendront le train, les uns à Modane, les autres à St-Jean et nous rejoindront dans les Cuines. M. le docteur Grange partira le dernier de St-Jean en vélocipède. M. Brigando, notaire à St-Etienne, viendra au-devant de nous jusqu’au pont de la Madeleine…

A notre arrivée à Pontamafrey, nous sommes l’objet des démonstrations les plus sympathiques. Du haut du rocher que couronnait autrefois le fort Allamand, remplacé maintenant par une gracieuse chapelle, partent des détonations que répercutent les rochers de la vallée. Le maire, M. Vernier, accompagné de son adjoint et de plusieurs conseillers, nous souhaite la bienvenue dans les termes les plus aimables. Pour donner à cette réception un caractère presque triomphal, voici un arc de feuillage et de fleurs d’où se détachent cette inscription : Honneur à la Science ! Confus de tant d’honneurs, mais charmés de tant de sympathie, nous gravissons par un chemin de mousse le flanc du rocher, sur le sommet duquel M. l’abbé Buttard, natif de Pontamafrey, va nous raconter les plus intéressants épisodes de l’histoire de son pays.

Cliché : Perbellini

Rien de plus original que cette conférence donnée en plein air dans un cadre vraiment pittoresque : comme fond la chapelle, avec une échappée sur la rivière et sur la forêt : le conférencier debout sur un rocher ; les auditeurs, excursionnistes et habitants du village, étendus sur le gazon ou assis sur des chaises empruntées à la chapelle ; à quelque distance, dissimulés derrière le feuillage, les minois espiègles des enfants, qui s’approchent d’abord timidement, puis s’aventurent à s’asseoir presque à nos côtés, aussi attentifs que nous aux récits de leur vénéré et aimé compatriote. »… .         
Lors de la journée d’inauguration des travaux de réfection le 19 juin 2004, l’abbé Paul Romanaz disait d’elle : …« Elle a été construite entre 1855 et 1859 sur le roc, grâce à une souscription à laquelle 253 personnes extérieures à la paroisse ont participé. Elle a vu passer à ses pieds les fureurs de l’Arc, la boue du ruisseau La Ravoire, les troupes allemandes et alliés, les engins des grands travaux…elle est toujours là !

Elle est un signe pour tous ceux qui passent sur l’autoroute, en train…
Elle ne dit rien, mais à sa façon, elle nous dit beaucoup de choses.
Elle ne s’impose pas, elle se donne à voir ; elle est belle. C’est un appel discret.
Que serait Pontamafrey sans sa chapelle de l’Immaculée Conception ? »… . 
 
  
C’est à l’artiste mauriennais Francesco Gallo dit INIS que l’on doit les travaux de restauration des motifs intérieurs de la chapelle ainsi que l’installation d’un flamboyant tableau « triptyque » derrière l’autel qui représente la descente de croix. Les couleurs rouges et or « pour parler de la lumière, de la violence et de l’espoir », selon l’artiste. Quel plus beau symbole que ce « Cristo Nella Pace », le « Christ de la Paix », déposé sur l’autel : la sculpture en bronze accompagnée d’une colombe garde l’autre main libre pour repousser le mal… . Deux autres sculptures identiques sont exposées à Levoli, son village natal de Calabre et à Bethléem en terre Sainte.

l'autel

tryptique

cristo nella paceLe « site de la chapelle », tel qu’il est appelé de nos jours, a été remis en valeur dans le plus grand respect du bâti existant, de l’environnement naturel et en tenant compte de son histoire passée pour la partie « création » qui vient enrichir un patrimoine de grande valeur. Rien n’est trop beau pour la chapelle ou son rocher : ardoise d’Espagne, zinc, portail d’entrée fait sur mesure à l’ancienne, procédés de maçonnerie d’époque, végétation soigneusement sélectionnée et entretenue… .

Depuis 1999, la nuit venue, elle brille de ses feux comme un véritable phare dans la vallée et veille en bonne gardienne sur la Maurienne et les gens qui transitent sur les voies de communication ; sans oublier les habitants du village, qui tiennent à « leur » chapelle, mieux sans doute qu’à la prunelle de leurs yeux !

…Venez lui rendre visite ; elle vous dira peut être quelques mots de son passé, de ce qu’elle à vu, de la vie ; mais il faut savoir être patient et attentif, car la chapelle ne se livre pas facilement. Choisissez plutôt d’y aller au crépuscule, à l’heure où la bise cesse : en ce lieu, tout vient si discrètement que le moindre souffle suffirait à emporter quelque confidence à jamais… ; et si par chance vous étiez celui ou celle à qui elle s’est confiée, n’en faites pas grand bruit. Contentez-vous de lui porter un bouquet de fleurs des champs que vous déposerez délicatement près de l’entrée, à l’Est.